La saison de la chasse au motard est ouverte !

Comme chaque année à l’arrivée des beaux jours, les motos sont de sortie. Et traditionnellement les forces de l’ordre aussi ! Mais cette année la « chasse au motard », ce délinquant en puissance, semble prendre une tournure inédite.

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Un point sur la situation

Un point sur la situation quelque peu particulière du milieu de la moto en ce début d’année 2016 s’impose :

Alors que le décret modifiant l’article 311-1 du code de la route, autorisant la circulation des motos de plus de 73.6kW, a été validé par le conseil d’état début Mars, celui-ci attend toujours la signature des ministres concernés. Ceux-ci traînant probablement les pieds, ne souhaitant pas être publiquement les « responsables » du retour à la puissance libre des motos, dans la tendance actuelle du tout répressif et du dénigrement de la puissance sur les routes. Ce décret mettrait par la même occasion un terme à une situation totalement ubuesque depuis plus de 30 ans : le bridage à 100cv des motos n’ayant eu aucun impact sur l’accidentologie. Ce texte devrait également permettre (comme annoncé en Octobre 2015 par le DISR Emmanuel Barbe) le rétro-fit des véhicules existants pour peu que ceux-ci soient équipés de l’ABS, malgré l’absence évidente de relation entre freinage et puissance. Probablement un moyen improvisé de faire mieux passer la pilule auprès du grand public, formaté depuis tant d’années à l’idée que puissance=vitesse=mal, avec l’aide des médias où les associations telles que la LCVR servent de référence.

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Cette situation a également engendré un autre problème : En l’absence de texte autorisant le rétro-fit, de nombreuses motos euro3 (toujours en vente jusqu’à fin 2016) se retrouvent bloquées en concession, souvent payées tout ou partie par les propriétaires. Les constructeurs comme BMW ayant en effet anticipé la mise en place de la nouvelle réglementation, de nombreux modèles de motos ne sont plus disponibles qu’en version « libre ». Mais en l’absence de texte autorisant leur circulation sur nos routes, celles-ci sont impossible à immatriculer. Ainsi de nombreux propriétaires se retrouvent privés de leur véhicule depuis maintenant plusieurs mois. Devant cette situation qui semble s’éterniser, certaines concessions proposent à leurs clients de brider à nouveau ces motos à 100cv, pour ensuite (sans certitude réelle de la faisabilité de la chose, j’en parlerai plus loin) faire débrider à nouveau quand le décret sera paru au Journal Officiel. Avec bien entendu les frais que cela engendrera, techniques (bridage puis débridage, éventuellement « offert » par la concession) et administratifs (obligation d’établir un nouveau certificat d’immatriculation).

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Le gouvernement, lors du CISR du 2 Octobre 2015, avait également souhaité imposer le permis A2 pour tous les novices, sans limite d’âge. Repoussé in-extremis à une date indéterminée, il s’agirait d’un moyen de maintenir un certain bridage des motos, pendant les deux premières années du permis. Alors que rappelez-vous, en 30 ans de bridage à 100cv, aucune relation n’a pu être établie entre bridage et nombre d’accidentés !

Toujours lors de ce même CISR, le gouvernement a exprimé sa volonté d’instaurer un contrôle technique à la revente des deux roues, cette idée étant massivement rejetée par les motards, une défaillance technique n’étant à l’origine que de 0.7% des accidents (source rapports MAIDS : Motorcycle Accidents In Depth Study)

Et c’est sans parler de l’habituelle répression à tout-va, de l’obligation du port d’équipement qui va crescendo (le port des gants est d’ores et déjà acté), l’obligation de détenir un gilet haute visibilité au titre de « l’équité avec les automobilistes », faute de réelle justification… On voudrait dissuader les Français de faire de la moto, qu’on ne s’y prendrait pas autrement…

 

Acte 1 : montrer du doigt le vilain petit motard

Afin de formater l’opinion publique à l’idée que la moto « c’est mal / c’est dangereux / ça fait des gens malheureux » (ne rayez pas la mention inutile), la sécurité routière a fait très fort avec un clip largement diffusé dans les médias, que j’avais déjà analysé ici même : clip de la SR, « perte de contrôle »

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Le motard roule toujours vite

Mais ce n’était qu’une mise en bouche ! Le DCA (Département du contrôle automatisé) de la DSCR, un des services du ministère de l’Intérieur, a rendu publique ce 25 Mars dernier, une étude sur les excès de vitesse des deux roues motorisés. Cette étude met en avant la gravité des excès de vitesse des motards à l’aide d’un argumentaire massivement basé sur les statistiques.

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Et c’est bien connu, les chiffres, ont leur faire dire ce qu’on veut, autant dire que la sécurité routière s’en est donné à cœur joie !

Pile au bon moment, ces statistiques viennent appuyer le fait que les excès de vitesse les plus importants sont réalisés par les motards de 18 à 24 ans, ainsi que par les quadragénaires. De même, c’est généralement au guidon d’une moto indiquée comme « puissante » que les excès sont les plus importants. Par moto puissante, comprenez plus de 25kW, soit 34cv, alors que ce chiffre ne correspond plus à rien (le bridage à 34cv était celui réservé au permis A2 avant la réforme du permis de conduire de janvier 2013).

Tiens tiens, en voilà de bonnes raisons d’imposer le permis A2 à tout âge et de limiter l’accès à la puissance… Comme c’est pratique !

De même, le document compare la « gravité des excès de vitesse » lorsque les contrôles sont signalés ou pas. De là à conclure que les propriétaires de fortes cylindrées éprouvent un « sentiment d’impunité plus important que les automobilistes« , il n’y a qu’un pas, que la DCA franchit allègrement !

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(Notez que la légende est celle donnée dans le communiqué de presse officiel : avec les erreurs de couleurs)

La solution pour réduire ces comportements ? La même que d’habitude bien entendu : Toujours plus de radars. Des radars double face de préférence, comme annoncé en 2015, pour pouvoir mieux identifier les auteurs des infractions.

Pour les plus curieux, le communiqué de presse est disponible ici.

 

Etude de freinage orientée

La sécurité routière a publié ce 1er Avril (ce n’est pas un poisson) une étude comparative, entre le freinage des motos et des autos. Réalisée par le CEREMA (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) et l’UTAC-CERAM, avec un choix de véhicules représentatifs de ce qu’on peut retrouver sur nos routes actuellement (MT07 /  Clio IV), elle aboutit bien évidemment sur la conclusion indiscutable qu’une moto a une distance de freinage supérieure à celle d’une voiture.

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Le but de cette comparaison serait, je cite :

En allant à l’encontre d’une idée reçue, à l’aide de données scientifiques, la Sécurité routière espère apporter aux motards une meilleure évaluation des distances de freinage pour leur sécurité et celle des autres usagers, à moto comme à scooter.

Une intention bien louable, encore que « l’idée reçue » ne concerne probablement que peu de motards, souvent bien conscient de cette réalité. D’autant qu’il s’agit normalement d’une notion abordée lors du permis, pour peu que la formation ai été exhaustive.
Je dirai même qu’il s’agit dans l’absolu d’un rappel plutôt judicieux, peut-être aussi pour les automobilistes, qui pourraient ainsi penser à maintenir de plus grandes distances de sécurité, de façon à aboutir à un meilleur partage de la route.
Mais malheureusement les conclusions de cette étude font complètement l’impasse sur l’importance du temps de réaction, ici identique entre les conducteurs d’auto et de moto afin de comparer uniquement les performances de freinage entre les véhicules !
Or en conditions réelles, l’attention portée à la conduite est bien souvent plus importante en moto qu’en voiture, où dans cette dernière les distractions sont nombreuses, entre la tablette / ordinateur de bord, la réception des mails ou sms, etc… Ce qui allonge mécaniquement le temps de réaction, parfois de façon dramatique.

Dans l’image suivante, je fais un rappel sur les notions de distance de freinage (ce qui est comparé dans le graphique de la sécurité routière), de réaction et de freinage ainsi que la relation entre ces différents éléments. Et je fais la comparaison en ajoutant la distance de freinage de la voiture, si le temps de réaction passe à 1 seconde, ce qui est une valeur plus proche de la réalité pour un conducteur de voiture en situation réelle.

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On constate alors que la distance de freinage de la voiture passe à 57.25m, ce qui représente une augmentation non négligeable !

Une occasion manquée d’insister sur l’importance du temps de réaction au volant ou au guidon, pourtant ô combien crucial.
Petite remarque amusante (ou pas), j’ai dû corriger l’échelle du graphique de la comparaison initiale entre les valeurs données entre auto et moto (respectivement 43.5m et 51m). En effet, la « barre » de l’auto bénéficiait d’un avantage de 7% sur le ratio distance/pixels. Cela semble peut-être anodin, mais sur le principe je ne trouve pas ça très honnête… A noter que le document produit par le CEREMA (disponible ici) est quant-à lui extrêmement rigoureux, l’ « erreur » n’est présente que sur le graphique destiné au grand public.

Avec tout ça on a la vague impression que la sécurité routière n’a dégainé cette étude que pour appuyer sa campagne de propagande anti-motard. Pourtant réalisée au début de l’automne 2015 (résultats envoyés à la DSCR mi-décembre), n’aurait-il pas été plus judicieux d’en publier les résultats en hiver où les conditions d’adhérence sont précaires ?
Ce document pourtant pertinent se retrouve alors uniquement employé à mettre exergue une faiblesse évidente de la moto, juste à temps pour pouvoir justifier de l’obligation d’avoir un système ABS pour bénéficier du rétro-fit ou encore la mise en place d’un contrôle technique…

 

Acte 2 : action !

Ce 31 Mars, le ministère de l’intérieur annonce clairement la couleur : Avec la parution d’une circulaire à l’attention de tous les préfets de France, signée de la main du ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve, « destinée à renforcer la lutte contre l’insécurité routière », insistant sur l’intensification des contrôles, en particuliers des motocyclistes. Des contrôles « portant sur le respect des vitesses pratiquées et des caractéristiques techniques d’homologation« , on voit bien de quoi il s’agit…
Nul doute que les forces de l’ordre nous sauverons de nos rétroviseurs un peu trop petits, ou nous éviterons la surdité qui serait due au 3 décibels en trop de notre échappement. Hum.
En même temps c’est plutôt bon signe, si les pouvoirs publiques s’attardent sur ce genre de problème mineurs, c’est qu’il n’existe plus sur nos routes de problème bien plus important, non ? Re-Hum.

D’ailleurs des contrôles à « visée pédagogique » ont déjà commencé ces jours-ci :

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Côté motards, la défense se prépare : Après plusieurs actions organisées par les antennes départementales, en particulier à proximité des centres Dekra (un des principaux acteurs du lobbying pro-contrôle, qui aimerait mettre la main sur l’exclusivité de la réalisation du contrôle), la FFMC, la FFM et le CODEVER appellent conjointement à la manifestation nationale contre le contrôle technique les 16 et 17 Avril. je vous invite à aller voir toutes les informations sur le site dédié.

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Acte 3 : hypothèses et réactions

Et si au final, le rétro-fit ne concernait que les motos Euro3 neuves afin de limiter l’impact économique que provoquerait la dévaluation des véhicules encore en stock cette année dans les concessions et chez les importateurs vis-à-vis des nouveaux modèles (conformes Euro4) ?

Il s’agirait d’un choix politique qui permettrait aux ministres concernés de moins passer pour des irresponsables aux yeux du grand public en autorisant le retour à la puissance libre pour tous. Un choix qui permettrait de débloquer la situation connue actuellement en concession. Une possibilité qui ferait grincer les dents de bien des motards, avec pour conséquence une nette perte de valeur (estimée à au moins 20%) sur le marché de l’occasion pour les motos « indébridables ». Mais on l’aura remarqué, ce n’est habituellement pas une des préoccupations de nos responsables.

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D’autant que la grogne serait somme toute assez limitée en comparaison avec celle engendrée par l’instauration d’un contrôle technique. En effet, cette situation ne concerne au final qu’un nombre assez faible de motards : moto en circulation, bridée, munie de l’ABS, dont le propriétaire est prêt à payer les frais de débridage ainsi que les frais administratifs pour le nouveau certificat d’immatriculation. Une catégorie d’usagers minoritaire donc, ce que doit bien garder en tête notre cher gouvernement.

Autre possibilité : accorder le rétro-fit « en échange » de l’instauration du contrôle technique. Probablement une carte que se réserve le gouvernement en prévision des manifestations prochaines…

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