La généralisation du permis A2 est bien une réponse à la fin des 100cv

Ceci est un article en réaction à la lecture de l’article de MotoMag.com, « Permis A2 généralisé : le gouvernement l’a fait pour compenser la fin des 100 chevaux » rédigé par Nicolas Grumel ce vendredi 10 Juin. Il vient compléter mon précédent article sur l’extension du permis A2 à tous les novices.

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Dans mon article dédié à la véritable chasse au motard lancée par le gouvernement depuis l’été dernier, que j’avais écrit quelques semaines avant la parution du décret mettant un terme à la « loi des 100cv » qui limitait sur le territoire français la puissance maximale des motos à 100cv (73,6 kW), j’émettais des hypothèses par rapport aux contreparties que l’Etat chercherait à imposer aux motocyclistes.
Entre la mise en place du contrôle technique à la revente pour les deux roues motorisés toujours souhaitée par les pouvoir publics, la limitation du rétro-fit (possibilité de débrider une machine déjà en circulation) conditionnée par la présence de l’ABS et désormais en vigueur, et surtout l’extension du permis A2 à tous les novices quel que soit leur âge au moment de l’examen, on peut clairement affirmer que les motards paieront cher la fin d’une limitation complètement dénuée de sens d’un point de vue de la sécurité routière.

Mais on s’en doutait, en ces temps de répression routière, le gouvernement garde en travers de la gorge le fait d’avoir été contraint d’abroger ce texte, et ne manque jamais de rappeler qu’il s’agissait de se conformer à la réglementation européenne. Une manière de se défausser d’une quelconque responsabilité auprès des ayatollah de la sécurité routière, dont certaines associations telles que la « LCVR » (Ligue Contre la Violence Routière, dont le nombre réel de membres et le montant des subventions accordées par l’Etat demeurent inconnus) réputées motophobes, font toujours preuve d’une influence assez bluffante auprès du grand public quand il s’agit de formater les opinions.
Et à l’approche des élections de 2017, après avoir martelé pendant des années que la France passerait sous la barre des 2000 tués par an sur les routes quoi qu’il en coûte, ça ferait mauvais genre de s’avouer « responsable » du retour à la puissance libre des motos…

Notez d’ailleurs que cette modification de la législation, concernant pourtant potentiellement plus d’un million d’usagers titulaires d’un permis moto, a presque été complètement passée sous silence dans les grands médias.
(Note : le nombre précis de personnes roulant actuellement à moto (plus de 125cc) est inconnu et difficile à définir en raison du manque d’information, voir l’article de moto-securite.fr sur le sujet)

L'Europe, "responsable" du retour à la puissance libre des motos.

L’Europe, le « coupable » du retour à la puissance libre des motos en France pour le gouvernement.

Pour faire taire la critique, le gouvernement fait donc le choix d’annoncer clairement la couleur, par l’intermédiaire de la DSCR (Direction de la Sécurité et de la Circulation Routières) dans un communiqué de presse adressé aux rédactions ce 7 Juin, revenant sur l’extension du permis A2. Celui-ci comporte ce passage, particulièrement croustillant :

« Depuis le 1er janvier 2016, la puissance des motocyclettes n’est plus limitée à 73,6 Kw ou 100 CV, en application d’une modification de la réglementation européenne. Le décret du 2 juin 2016 permet de contrebalancer cette libération de puissance en supprimant la possibilité pour des conducteurs inexpérimentés d’accéder directement à des motocyclettes particulièrement puissantes et donc potentiellement dangereuses »

Le gouvernement persiste et signe. Rappelons qu’aucune corrélation entre puissance et accidentologie n’a pu être établie en plus de 30 ans d’existence de cette loi.
Et pourtant, c’est à nouveau ce même argument qui est avancé quand la décision est prise d’étendre le permis A2 à tous les novices, supprimant de fait purement et simplement le permis A en accès direct.

Mieux encore, on apprend que suite à un rapport intitulé « Les groupes à risques » rédigé par les experts du CNSR (Conseil National de Sécurité Routière) en juin 2014 que la période de bridage pour les novices à 47.5cv devait être étendue à 5 ans en lieu et place des 2 ans actuels !
Une mesure justement soutenue par… la LCVR et la Prévention Routière. Des associations (surtout la LCVR, à entendre le discours tenu par sa présidente Chantal Perrichon) qui se passeraient bien des motos sur le territoire français Quand je vous parlais d’influence, celle-ci ne concerne de toute évidence pas que le grand public.

D’ailleurs en parlant de « novices » l’article met le doigt sur le manque -volontaire- de précision sur le terme employé dont fait preuve la communication de la DSCR. Ainsi il est facile d’orienter le discours dans le sens voulu…

Et avec une mortalité des motocyclistes en hausse pour le mois de Mai selon le baromètre mensuel de l’ONISR (Observatoire National Interministériel de la Sécurité Routière), nul doute qu’il faudra peu de temps au gouvernement pour récupérer cette information à son crédit, justifiant de la mise en application de l’extension du permis A2.

Mortalité des motocyclistes sur 12 mois glissants à Mai 2016. Source : ONISR

Mortalité des motocyclistes sur 12 mois glissants à Mai 2016. Source : ONISR

 

Note :

En fin d’article, MotoMag.com rédige quelques lignes sur le Continuum éducatif, que je vous encourage à lire. Une possible évolution de l’apprentissage de la conduite dont j’explorais à ma façon quelques pistes dans mon dernier article, et sur lequel je reviendrai assez régulièrement.

 

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