Une auto-école belge fait écrire des SMS à ses élèves

J’avais déjà eu l’occasion de vous en parler, l’usage du téléphone au volant est incontestablement un problème majeur de sécurité routière, notamment chez les jeunes conducteurs, où les moins de 35 ans sont 61% à déclarer lire leurs messages en étant au volant.

Avec l’hyper-connectivité que nous proposent aujourd’hui les smartphones et les réseaux sociaux, conjugué au syndrome « FOMO » (« Fear Of Missing Out », soit la peur de rater quelque chose et un besoin irrépressible d’être constamment en relation avec les autres, d’être au courant des dernières actualités, d’être joignable à tout moment) le problème va en grandissant et paradoxalement le risque perçu s’amenuise (90% des français trouvaient la pratique dangereuse en 2004, 76% en 2013) (Source : Comprendre les dangers liés à l’usage du téléphone, site Sécurité-routière.gouv.fr )

Une vidéo illustrant le syndrome FOMO
 

Je vous avais exposé mon point de vue sur le problème dans le précédent article « Téléphone au volant et autres distracteurs, casse tête de la sécurité routière ? » que j’avais rédigé en Octobre dernier.
Les chiffres parlent d’eux mêmes, avec plus d’un accident sur dix causé par l’usage du téléphone au volant, ni les campagnes menées par la la Sécurité Routière, ni le durcissement de la réglementation n’obtiennent de résultat concret.

J’avais alors parlé de certaines solutions simples qui permettent bien souvent d’obtenir des résultat surprenants en faisant preuve -encore et toujours- de pédagogie, grâce à la démonstration auprès du public le plus concerné : les jeunes conducteurs.
Je relatais donc ma propre expérience, qui consiste à demander aux élèves lors d’un exercice réalisé hors-circulation de répondre à un SMS tout en conduisant et en cherchant à respecter une trajectoire donnée. Un exercice qui se solde immanquablement par une perte de contrôle, et qui met en évidence l’impact sur la conduite des quelques secondes nécessaires à la réception ou l’émission d’un message. Un exercice simple et rapide qui fait réfléchir les élèves et finit souvent par convaincre ceux qui sont les plus confiants en leur capacité à « texter » et conduire en même temps.

Il y a quelques semaines, un de mes contacts m’a transmis le lien d’une vidéo, réalisée en 2012 sous l’impulsion de l’association Wallonne « Responsible Young Drivers » (Belgique) en coopération avec l’auto-école Bara.
Dans cette caméra cachée, l’enseignant annonce aux élèves que pour obtenir leur permis, il existe désormais une épreuve supplémentaire où le candidat devra être capable d’envoyer un texto (« Je vais chercher des frites », nous sommes bien en Belgique !) tout en évitant un obstacle sur la route.
Un parcours est matérialisé par des cônes sur le plateau de l’auto-école.

 

Bien entendu l’exercice se solde à chaque fois par la perte de la maîtrise du véhicule et les élèves constatent par eux-même de la dangerosité de l’utilisation du téléphone au volant, de façon bien plus efficace que la peur de l’amende.

Comme j’avais déjà eu l’occasion de le dire, ce genre d’exercice représente tout à fait le genre de choses qui devraient faire partie intégrante du programme de formation à la conduite.
Mais malheureusement la réalité est tout autre : entre le coût du permis très important pour de nombreux jeunes et leurs familles, et mécaniquement un permis qu’on cherche trop souvent  à rendre le plus court possible, beaucoup de choses ne sont pas abordées pendant la formation alors qu’elles sont pourtant prévues dans le REMC (Référentiel pour l’Éducation à une Mobilité Citoyenne – soit le « programme » de la formation à la conduite en France dont j’espère pouvoir vous parler ultérieurement). Tout simplement car elles ne font pas partie des choses contrôlées lors des épreuves du permis de conduire.

Car aujourd’hui, on prépare davantage à passer un examen de 32 minutes qu’à former un conducteur apte à conduire en sécurité pendant toute sa vie.
Et ce n’est pas en faisant la promotion des établissements et formations low-cost que l’Etat réussira à obtenir la sécurité sur les routes. Une piste que j’ai déjà évoquée ici serait de prendre en charge une partie de la formation grâce à l’argent public. Cela permettrait aux élèves de ne plus avoir à se contraindre à une durée de formation limitée par leur budget. On pourrait alors  étendre la formation à tous les sujets qui devraient être normalement abordés : comme pratiquer librement le genre d’exercice présent dans cette vidéo, et bien plus encore.
Vous voudriez d’une sécurité routière low-cost vous ?

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